Paris, quelque part dans les années 80.
Un adolescent croise la route d’un chien du voisinage. Rescapé des flammes, l’animal est enduit de mercurochrome. La rencontre va s’avérer décisive…

Paris, fin des années 80.

C’est dans une école d’art que JUNGLE apprivoise son démon du crayon, mais c’est sur les murs du XIXème arrondissement qu’il fait les travaux pratiques. Pochoirs de personnages de dessin-animé et de BD sont ses premières oeuvres. Autour de lui, le hip-hop a investi la capitale et son bras armé graffiti se charge de mettre des couleurs sur les murs. Jungle n’est pas là-dedans, mais l’exposition est trop forte pour qu’il n’en soit pas imprégné.

Paris, années 90 et plus.

Studio de design, scenarii, production cinématographique, développement de sites et passage par la presse, Jungle fait le tour operator de la création.

Paris, 2008, lassé de ses expériences précédentes, Jungle reprend le chemin de l’indépendance et du street-art.

Mais revenons au chien…

Ce pitch de scénario pour film déjanté est devenu une image imprimée en profondeur dans le cerveau de Jungle. Indélébile, elle en devient obsessionnelle. Assis dans l’esprit de l’ado, regardant les synapses autour de lui, le chien tape de la queue frénétiquement, attendant sa première balade artistique. Elle arrive rapidement, sous forme de pochoir, évidemment.

Un chien rigide.

Quatres pattes, truffe, oeil et oreille sur le même plan, sans perspective, en mode K. Haring. Allure ? Spéciale. Couleur ? Rouge, Nom sur le collier : RaidDog.

Depuis, le chien est en promenade perpétuelle avec Jungle, court autour de lui et tire sur sa laisse dès qu’il hume la possibilité d’une nouvelle création graphique. Dévorant les blocs, mordillant les feutres ou ressortant poudreux après être allé jouer avec les craies, le chien rouge est cet animal de compagnie à qui son maître n’impose aucune règle. Alors, le chien rouge cavale comme un dératé dans tous les univers que sa truffe repère, expose son poil brillant sous le vernis d’une toile ou vide des bombes de peinture pour jouer les molosses sur la surface d’un mur. La respiration haletante de l’animal qui sait qu’il va encore s’amuser, il prend la pose dans des univers bariolés, sombres, abstraits ou psychédéliques. Il taille ses oreilles et son museau à angles droits pour une allure plus cubique ou exagère ses proportions pour se rapprocher du cartoon. Fin limier, le chien rouge a aussi suivi la piste des circuits imprimés pour ressortir en 3D, ou s’est exposé en volume dans une construction de huit mètres sur douze, devenant mobilier urbain gigantesque ouvert au public

Unique base de travail, point de départ de toutes ses créations, Jungle n’a pas passé un jour séparé de son chien rouge, le canidé chimérique étant devenu son baromètre artistique mais aussi le reflet de ses humeurs et ses états d’âmes. Son ami fidèle. Le reflet de sa personnalité, son alter ego.

En s’abimant dans son cerveau, c’est bien dans une jungle que le chien rouge s’est retrouvé. Luxuriante d’expériences, où toutes les espèces graphiques vivent en harmonie. Jungle n’ayant jamais cherché à déboiser une partie de sa créativité pour y implanter une expression plus rentable, il a laissé les averses de peintures en spray s’abattre sur ses crayons, encourager ses feutres à s’abriter dans les cartes graphiques, laissé des fresques de plusieurs dizaines de mètres s’implanter au milieu des étendues de croquis et des décorations murales. Le Raid Dog en est le seul et unique habitant. Avec un caractère aussi affirmé que son maître. À moins que ce ne soit l’inverse…